Aujourd’hui encore, le charme puissant de Tanger opère... Des ruelles anciennement sulfureuses du Petit Socco aux terrasses plus que jamais avant-gardistes des nombreux cafés.
Tanger la blanche
De tout temps, la médina de Tanger a fasciné et inspiré les artistes. Eugène Delacroix, Henri Matisse, Paul Bowles, Tennessee Williams, Jean Genet... la liste est encore longue. Tous ont succombé au charme de la place du Petit Socco et de ses cafés, dont le fameux Tingis. Ceci malgré sa réputation sulfureuse en raison des casinos et dancings qui y foisonnaient à l’époque. Au nord de la médina, l'ancien Palais du Mendoub, construit en 1929, est aujourd’hui une maison destinée à accueillir les hôtes étrangers de marque. À l’extrême sud, est installé le musée de l’ancienne légation américaine. Ce bâtiment abrite des peintures et toute une salle est consacrée à l’écrivain américain Paul Bowles. C’est par la place du Grand Socco que vous sortirez de la médina, un lieu très animé le soir venu, qui entame la transition vers la ville nouvelle.
La ville nouvelle
Au nord de la place du Grand Socco, le parc de la Mendoubia vous offre une agréable balade. Figuier banian géant et dragonnier qui aurait 800 ans ponctuent la visite. En empruntant la rue de la Liberté, une artère commerçante, vous arriverez à la place de France. C’est le cœur de la ville moderne avec le célèbre Grand Café de Paris et l’hôtel El Minzah fréquentés par les grands noms des arts et de la littérature de la fin XIXe et du début XXe siècles. Ce lieu est toujours à la mode. En évoluant sur la place de Faro avec ses canons, vous découvrirez la vue époustouflante sur la médina, le port et la baie de Tanger. Au sommet de la falaise, le mythique café Hafa surplombe le détroit de Gibraltar.
Tanger est de ces villes qui font rêver, qui inspirent et qui effrayent à la fois. Carrefour du monde, elle est aussi le réceptacle de toutes les créations, de tous les fantasmes, mais aussi de toutes les frustrations. Entouré d’un mythe et d’un mystère qu’elle s’est forgés, ou qu’on lui a attribués à son insu, qui durent depuis des millénaires, et dont on n’arrive toujours pas à en percer le secret, Tanger reste dans l’imaginaire collectif comme une ville artistique, inspiratrice mais aussi dangereuse. Elle peut être à la fois muse et ogre. Seuls ceux qui savent l’apprivoiser, qui savent la courtiser, qui savent la respecter et écouter ses nuits et ses phobies, ses lumières et ses beautés, réussissent à l’aimer, à en devenir les enfants adoptifs. Du reste, elle n’a que faire.
Tanger hante les écrivains, les poètes, les artistes-peintres, les intellectuels et les quidams parmi les mortels depuis la nuit des temps. On lui a consacré une infinité de livres, de non moins nombreuses recherches, et ce bien avant la période coloniale. Les écrits sur Tanger datent du 10ème et du 11ème siècle.
Tanger dans l’imaginaire de l’Autre ne se manifeste pas seulement dans les écrits des voyageurs français, anglais, espagnols ou autres, mais aussi dans les rapports des diplomates, des commerçants, des envoyés spéciaux des autres nations…
Presque tous les textes sur le Maroc débutent leurs récits par la description du point de départ, à savoir Tanger. Les voyages se faisant souvent par mer, la majorité des visiteurs du Maroc passait obligatoirement par Tanger
Toutes les nations du monde voulaient avoir pignon sur rue à Tanger. Elles se la disputaient âprement et étaient prêtes à se livrer des guerres pour l’occuper. Mais Tanger, délaissée par les siens, fut partagée comme une tarte, et plusieurs pays eurent leur part du gâteau, offrant à Tanger un statut unique, celui de ville internationale que les autres villes lui ont toujours envié.
De nos jours, les choses ont tellement changé, plus dans le sens du pire que dans celui du bon ; mais Tanger a su garder, malgré tout, ses charmes, son mystère, ses attraits que personne n’arrive à expliquer, et tant mieux.
« Tanger de nos jours »
Tanger s'est lancée dans des challenges de modernisation tout en gardant son charme de ville millénaire : d’abord, la vie est ponctuée par l'Azane, "l'appel à la prière", mais aussi par l’incessant va-et-vient des bateaux qui déversent leurs flots de passagers et également de marchandises : statut géographique oblige, elle demeure la principale porte d’entrée en Afrique depuis l’Europe.
Tanger reçoit également chaque jour de l'autre rive des richesses et des différences culturelles : de ce fait, elle possède une réelle tradition d’accueil et elle préfigure déjà un pays ouvert, tolérant, ambitieux et qui évolue à grands pas malgré les obstacles.
A Tanger, le regard sur l’autre change forcément, et cohabitation comme communication s’opèrent facilement : la population vit un énorme et vrai brassage culturel car les migrations internes vers le Nord s’accélèrent afin de répondre à de grands besoins économiques. Des zones industrielles se créent ou s’étendent, un port faramineux a vu le jour non loin, le fameux «TangerMed», et également de nombreuses résidences et villages touristiques se multiplient dans ses magnifiques environs.
Agrandir le plan





